Venny

Montrez nous votre personnage ^^

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Messagepar Azmurael » 30 Jan 2012, 21:27

C'est très bien! J'aime beaucoup. Néanmoins, il y a peut être le maque d'une touche un plus personnelle... C'est mon avis bien sur!
In The Wake, All Is Dust.
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Messagepar Argetlam » 06 Fév 2012, 21:15

La cité de pierre. Markarth...Venny décrivait cette cité comme un ghetto de la Cité Impériale. "Glauque, mosaïque d'inégalité et repaire de salopards en tout genre". Je ne m'étais rendu qu'une fois à Markarth. C'était au lendemain de la révolte que les habitants de la Crevasse menèrent contre Ulfric Sombrage, autrefois guerrier de renom. Elle fut écrasée dans le sang, les survivants s'autoproclamant Parjures. Venny m'avoua trouver de la sympathie dans le sein de cette cause, une coalition d'incompris et de rebelles, farouches combattants mais réprimés pour leurs opinions, qu'ils avaient osés proclamer haut et fort, ce qui déplut fortement au jarl de Morthal, qui envoya ses chiens de gardes effectuer la sale besogne, qu'elle ( à l'époque, il s'agissait du hurscarl Amvical ) effectua à merveille. C'était son travail après tout, d'effacer, dans tous les sens du terme, les opposants de son jarl. Je me souviens précisément du lieu, décrit par Venny, lieu précis où son récit commençait...

...l'auberge du sang d'argent. Les propriétaires, famille puissante et riche du même nom, avait Markarth dans leur poche. La mine, qui était en réalité une prison, leur appartenait, de même que le trésor civil. La prison regorgeait pour la plupart de criminels, dont des zoophiles, violeurs ou pédophiles, grande ironie lorsqu'on savait que le jarl lui même avait des préférences pour les jeunes filles. Le jarl n'était là que par formalité, car il n'était qu'un pantin et un bouffon, véritablement mené à la baguette par le conseiller Thalmor, une Elfe nommée Niacesira. Venny paya une chambre à l'auberge pour trois nuits, afin de faire taire les soupçons. C'était le début de la matinée. Venny avait voyagé durant la nuit, après son départ d'Aubétoile. Il avait pris soin de passer au large de la châtellerie d'Epervine, où il était activement recherché. Évidemment, il ôtait son masque pour les voyages, mais il conservait son plastron de cuir sombre. Le soleil se levait alors qu'il déballait les affaires contenues dans un petit baluchon. Il verrouilla la porte, ayant revêtu préalablement quelque habit de paysan. Il partit en reconnaissance dans le château. La citadelle, comme Markarth en son intégralité, était bâtie à même la roche, contrairement aux autres cités. Une seule entrée, une seule sortie. Son coup porté, les gardes avertis, les portes scellées. Le hall était en vérité petit. Il se constituait d'un poste de garde précaire, qui donnait sur un large escalier qui, lui, débouchait sur une somptueuse salle du trône. La pierre, majoritairement érodée par le temps et les éboulements passés, avait noircie et laissé ses gravats aléatoirement dans la pièce, donnant plus l'impression d'être dans une décharge. Le jarl, assis sur le trône, son ancien hurscarl à ses côtés, se faisait distraire par une jeune fille assise sur ses genoux. L'air enfantin de la fillette laissait percevoir une personnalité perverse.

Mais le regard de l’Assassin se détourna de la fille de joie, se tournant vers sa cible. Elle marchait, dans sa tenue d'ambassadrice, fière d'un titre qu'elle ne méritait que par ses aptitudes nocturnes intimes. Deux gardes la suivaient au pas, ne se gardant pas de laisser leurs regards envieux se promener sur la silhouette de leur chef. Un garde interpella Venny :

- Hé toi ! T'es là pour le fourneau ? Allez traîne pas et va aux cuisines !

Sentant le regard de l'ambassadrice sur lui, Venny se contenta d’hocher la tête, détournant les yeux et, prenant soin d'esquiver le regard méfiant et interrogateur de l'Elfe, et piqua une ligne droite aux cuisines. Tournant l'angle et se rendant invisible d'un sort d'illusion, Venny s’éclipsa du château. Le reste de la journée, il s'appliqua à grimper sur les toits pour trouver quelque échappatoire possible, mais tous étaient bloqués, ou trop étroit pour que Venny puisse s’y engouffrer. Il opta finalement pour sortir par la porte d'entrée, usant d'explosifs et de fumigènes artisanaux à foison. Rentrant à l'auberge sur les coups de neufs heures, il dîna un morceau de viande juteux et saignant, avant d'aller se changer. Dissimulant son masque sous sa cape, l’Assassin se glissa entre les fêtards célébrant la fin de la semaine. Rapidement sorti de l'auberge, il entreprit de s'écarter des mendiants.

Après avoir revêtu son masque, il entama son ascension sur les murs, parvenant rapidement au sommet des maisons. Passant au large des patrouilles, il se suspendit au porche du château, se faufilant à l'intérieur par les portes ouvertes, qui se refermèrent bruyamment derrière lui. Il se laissa glisser le long d’un rideau. Le hall était vide, excepté quelques gardes, car les dignitaires se trouvaient au festin nocturne. Embrassant les ténèbres Venny se tapit dans un coin, et patienta ainsi pendant presque une heure. Les rires de la salle voisine lui parvenaient, le tentant irrémédiablement de tous les pourfendre dans leur vice. Finalement la salle commença à se vider de ses convives. Puis, dans un groupe de dignitaires, sous l’emprise de l’alcool, Venny aperçut sa cible. Claquant des doigts et se rendant invisible aux yeux de tous, il s’élança calmement à la suite de sa cible. Elle s’engagea, seule dans un dédale de couloirs parsemés de gardes et de torches. Puis elle pénétra dans ses quartiers, où elle referma la porte. Mais Venny bloqua et sauta sur elle, dissipant le sort et dégainant ses lames secrètes :

- Je savais que c’était vous.
- Vous auriez du réagir plus tôt, il est trop tard à présent.
- Vous êtes fous de revenir.
- J'ose tout ce qui sied a un homme, qui n'ose plus n'en est pas un. Ce que j’ai subi a fait de moi ce que je suis, et c’est à vous que je le dois.
- Vous ne quitterez pas cet endroit vivant !

Des bruits de pas précipités s’engagèrent dans le couloir.

- La mort n’est que le début d’un long voyage, mais si je dois à ce funeste jour partir, ma dernière volonté est que nous partions, main dans la main comme deux amis de longue date.

Et à ces mots, Venny, sans pitié ni remords, enfonça ses lames qui se croisèrent dans la nuque de la femme. Le sang gicla, les lames de l’Assassin ayant percé la carotide. La porte explosa sous la pression de plusieurs guerriers Thalmor. S’élançant devant lui, Venny sauta par la fenêtre, brisant le vitrail qui explosa en morceaux. Venny sombra dans la nuit, sous le regard intrigué des guerriers Thalmor.

Cette nuit, Venny arracha un nouveau dessin et le consuma. Plus que deux.


Alors que j’étais calmement assis à mon bureau, j’avais, sans m’en rendre compte, lâcher ma plume. Je n’avais noté que quelques mots, mais finalement le récit de Venny me captivait. Ni le sommeil ni la lassitude ne me vainquaient. J’étais subjugué par cet homme. Il demanda, toujours courtois et poli, à se resservir de cognac. Je lui invitais à se servir lui-même, car ces crimes qu’il avait commis, j’en étais désormais complice.
Dernière édition par Argetlam le 13 Fév 2012, 19:59, édité 1 fois.
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Messagepar [Epic[A] » 06 Fév 2012, 21:45

Bien bien moi j'adore ça ^^
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Messagepar Ombre » 06 Fév 2012, 21:57

Ce que j'aime énormément dans ce chapitre, c'est que tu respectes le personnage dont tu t'inspires tout en y ajoutant un style personnel. C'est gé-ant.
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Messagepar Ombre » 10 Fév 2012, 09:14

"Ô, cruel destin, pourquoi me tortures-tu ?
Qu'ai-je fait pour mériter ton ire indomptable ?
La mort silencieuse serait-elle préférable,
A une existence refusant la vertu ?"

Le rideau pourpre tomba, marquant la fin de l'acte, linceul glorieux enveloppant pudiquement une immondice sans nom. Les spectateurs masqués se tournèrent les uns vers les autres et se mirent à commenter la dernière scène, faisant pleuvoir des louanges ignares sur la caricature de tragédie qui venait de leur être servie. Les visages de bois richement décorés jetaient des éclats d'or et d'argent sur les tentures des parois de la salle alors que leurs porteurs débattaient d'un air docte abominablement affecté sur la symbolique des divers éléments de la pièce. La majorité de l'assemblée ne savait rien sur le théâtre, le reste feignait d'apprécier le spectacle en dépit de sa médiocre qualité.

Les hauts fonctionnaires de l'Empire en Bordeciel, qui se trouvaient rassemblés ici, étaient principalement des Nordiques, ou des Impériaux de moyenne extraction qui avaient trouvé dans ces terres glacée l'opportunité de sortir du rang. Ni les uns, ni les autres n'avaient d'éducation en matière d'art dramatique. L'élite des spectateurs était constituée par quelques nobles nordiques, ainsi que par des ambassadeurs formés au sein de l'aristocratie de la Cité Impériale - le neveu de l'empereur, un jeune homme arrogant et fastueusement vêtu, était l'individu le plus côté de la soirée - et des envoyés du Thalmor. Pour cette minorité, le bal masqué et la représentation qui le suivait n'étaient que des moyens de divertir leurs subordonnés tout en raffermissant leur popularité.

Dans l'assemblée, un seul masque n'oscillait pas. Le porteur de ce visage blanc et argenté où flottait un léger sourire cynique, assis dans un balcon en hauteur, avait les yeux rivé sur un Altmer qui jouissait d'une place privilégiée sur la scène, avec le neveu de l'empereur et quelques autres personnalités.

Des rafraîchissements leur avaient été apportés pour l'entracte. Ils se servirent tous en cognac de Cyrodiil, sauf l'Altmer, qui versa du flin dans son verre. Ils consommèrent leurs boissons tout en discutant, gardant l'attitude noble et hautaine qu'on attendait d'eux.

L'homme masqué ne lâchait désormais plus l'elfe des yeux. Il vit, malgré la distance, les premières gouttes de sueur perler sur son front, et son teint pâlir. Il le vit d'excuser auprès de ses compagnons et descendre de la scène. Il le vit tituber légèrement alors qu'il marchait entre deux rangées de spectateurs. Il le vit se tenir au dossier d'un siège à mi-parcours, exposé à la vue de tous. Il vit ses serviteurs s'apercevoir de sa situation et s'élancer vers lui du fond de la salle. La véritable tragédie ne se déroulait pas sur les planches ce soir là.

L'elfe commençait à comprendre. Cela se voyait, à sa manière de jeter des regards furtifs et désespérés autour de lui, sentant qu'il était condamné depuis quelques minutes déjà. Il avait introduit la mort en lui, il était désormais impuissant à arrêter sa marche inexorable. Les visages de bois des spectateurs étonnés, tournés vers lui, l'oppressaient. Un homme vêtu de noir, portant un chapeau à large bord et un masque blanc au sourire sardonique, se leva pour le soutenir. Il étendit l'Altmer sur le sol avec douceur et se pencha sur lui. Il posa sa main sur le cou de l'elfe, qui se détendit après un spasme brusque. L'homme masqué se redressa alors et marcha vers la sortie. Derrière lui, l'ambassadeur du Thalmor reposait sur un ruisseau vermeil qui coulait de sa gorge.

Un premier cri retentit, et la salle entière plongea dans la terreur et le chaos. L'assassin accéléra l'allure et s'enfuit par les escaliers, des soldats à ses trousses. Les spectateurs couraient en tout sens, se bousculaient, se ruant vers la porte de sortie, close et gardée. L'homme encapuchonné et masqué sur son balcon admira durant quelques instants ce tumulte, jusqu'à ce qu'il reconnaisse un motif particulier en contrebas. Il descendit alors les escaliers, et atteignit la tourmente.

Les fonctionnaires impériaux se battaient entre eux afin d'atteindre la porte avant les autres. Les vainqueurs étaient repoussés par les légionnaires stationnés à la sortie de la salle. Quelques nobles étaient tombés à genoux et gémissaient en se convulsant de terreur. Très rares étaient ceux qui avaient gardé leur calme et qui patientaient avec sang-froid. L'ombre au masque souriant sardoniquement était de ceux-là. Il vit l'homme descendre les dernières marches de l'escalier et fouler le plancher de chêne, marchant vers lui. Il le frôla et lui murmura au passage :

- Votre prestation ici est achevée, il est temps de rejoindre la sortie des artistes.

L'assassin suivit son nouveau guide sans hésitation. Ils se frayèrent discrètement un chemin à travers la foule jusqu'au coin d'un mur drapé de pourpre. L'homme qui marchait en tête se glissa dans l'espace qui séparait la pierre et les tentures et s'arrêta devant une porte de bois. Il l'ouvrit et s'y engouffra, suivit par le meurtrier.

La porte se referma dans un cliquetis métallique. L'escalier sur lequel elle donnait était plongé dans les ténèbres, mais, aucun des deux hommes n'alluma de lumière. Ils descendirent les marches humides et étroites avec précaution jusqu'à rencontrer un sol régulier. Ils avancèrent encore sur quelques mètres et atteignirent la sortie.

Le passage débouchait sur un petit promontoire rocheux donnant sur la mer. On pouvait y voir les traces d'un camp, mais nul homme à l'horizon.

L'allié de l'assassin ôta son masque d'acier. Son visage restait en grande partie caché par une bande de tissu noir qui couvrait sa gorge, sa bouche et son nez. Seuls ses yeux bleu pâle aux contours striés de rides étaient visibles sous son capuchon. Il posa ses poings sur ses hanches, ouvrant sa cape et offrant à la vue de son compagnon les diverses fioles, cordelettes et aiguilles qu'il portait en bandoulière sur son torse. :

- N'ayez crainte, les soldats chargés de garder la sortie de ce passage sont à l'auberge en train de boire à ma santé. Vous ne risquez rien.
- La vie elle-même est un risque. Tout ce que l'homme peut faire, c'est éviter de la rendre plus dangereuse encore... Ce que vous n'avez pas fait. Pourquoi m'avoir aidé ?
- Il faut oser ou se résigner à tout. Mes actes me mettent en danger, mais l'idéal pour lequel je combats, ou celui pour lequel vous combattez, justifient sûrement la prise de ce risque. Nous avions la même cible ce soir.
- L'empoisonnement.
- En effet. De toute évidence, vous avez choisi un procédé plus spectaculaire et plus aléatoire.

Le meurtrier masqué ne prit pas ombrage de la critique sous-jacente et répondit avec calme :

- Cette opération fut certes risquée mais je ne pouvais me permettre d'attendre, l'occasion de frapper le Haut Mage Mulicido s'est présentée ce soir, je l'ai saisie. Sans votre aide, ma fuite aurait été bien moins aisée ; elle serait restée possible. En portant u autre masque, j'aurai échappé avec facilité à la vigilance des quelques gardes stationnés devant la porte.
- Je dois avouer que j'ai été stupéfait par votre audace et votre efficacité. Cette soirée restera gravée dans les mémoires de la bourgeoisie corrompue de Solitude.
- Permettez-moi de vous retourner le compliment. L'empoisonnement était ingénieux et parfaitement orchestré.

Le vieil homme encapuchonné s'inclina légèrement.

- Cette rencontre fut fort agréable, mais je ne puis m'attarder, déclara l'assassin masqué. Daigneriez-vous me donner votre nom, afin que je puisse vous retrouver si d'aventure je retournais à Solitude ?
- Mon nom... A l'instar de votre masque, l'anonymat me protège et, refusant toute nomination, je nie à mes ennemis comme à mes amis le droit d'admirer mon âme dans toute son onirique nudité. Mon anéantissement récent m'a fait renaître et je suis désigné d'une nouvelle manière : l'Empoisonneur.

Le silence succéda à la tirade. Le vieil homme reprit d'une voix éthérée :

- J'ai une proposition à vous faire avant que vous ne partiez. Je ne vous demande pas de réponse immédiatement, mais promettez-moi d'y réfléchir. Ce soir, j'ai pu admirer votre efficacité, et je sais que vous combattez les mêmes démons que moi. Pour ma part, je vieillis, et bien que je ne sollicite que rarement mon corps, je ne serai bientôt plus dans la possibilité d'accomplir mes "prestations". Nous serions plus fort en agissant ensemble que chacun de notre côté. Nous serions plus forts si vous utilisiez mes poisons. Réfléchissez à mon offre et si vous partagez mon opinion, venez me rejoindre dans mon repaire.
- En quel lieu ?
- Rendez-vous à l'herboristerie désaffectée de Solitude, descendez dans la cave et cherchez une trappe au sol.

L'assassin au masque moqueur hocha lentement la tête, puis fit volte-face et partit sans se retourner, sa cape noire se découpant à contre-jour sur la lumière de l'aube.
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Messagepar Argetlam » 11 Fév 2012, 10:34

Excellent chapitre ! Comme d'habitude...
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Messagepar Arsenicia » 11 Fév 2012, 13:26

Vraiment excellent même !
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Messagepar Argetlam » 17 Fév 2012, 12:09

La cave était délabrée, laissée à l'abandon lorsque son précédent propriétaire l'avait délaissé avant de quitter la ville. Des débris de chaise jonchaient le sol, les toiles d'araignées était légion, les bêtes s'étant appropriées ce territoire. Venny écrasa l'une de ces bêtes, faisant fuir ses sœurs qui se tapirent dans l'obscurité croissante, alors que le soleil se cambrait, vaincu dans sa lutte éternelle contre la Lune. L'Assassin, dont la tenue sombre épousait les contours des ténèbres de la cave, se pencha pour attraper l'anneau de fer forgé, clouté à la trappe de bois sec qui avait résisté contre toute attente à l'usure du temps. Cognant violemment le pan du mur opposé, Venny se risqua à l'escalier abrupt qui descendait dans les profondeurs de la ville, plus profondément encore que les égouts de Solitude. Bien que les couloirs étaient abrupts, sales et glauques, le Comédien rentra dans ce qui était le rêve concret de tout alchimiste qui se respecte. Sobre mais décoré avec un goût indéniable, la cave de l'Empoisonneur était un doublon de pièces. Un petit salon, équivalent d'entrée, décorée avec un goût de bureaucrate confirmé, donnait sur ce qui était sa chambre et son laboratoire. Ce dernier fourmillait d'ingrédients que Venny, ignorant dans ce domaine, ne connaissait ni le nom, voir, pour certains, l'existence. Alors qu'il demeurait dans le salon, l'Empoisonneur sortit de son laboratoire, s'essuyant les mains avec un morceau de drap.

L'Empoisonneur était un homme d'une soixantaine d'années. Il avait passé le clair de sa vie à assassiner des personnes pour son compte personnel. Parfois requis par la Confrérie Noire, il avait toujours usé de poisons incolores et inodore. Sa connaissance inégalable des plantes et artifices naturels l'avait mené au sommet des arts de la Nature, et de nombreux meurtres, jamais élucidés, lui étaient attribués sans qu'on sache qui il était.

- Je vois que vous avez accepté ma proposition, Monsieur.
- Je ne mets aucunement en doute votre sens de l'observation, monsieur, aussi, j'ai besoin de vos talents. Ma revanche me mène à assassiner le prêtre du culte des Huits dans la chapelle de Solitude.
- Tuer un prêtre ? Bien que je ne sois pas pieux, cela me semble...
- Sa fausse dévotion n'est qu'un masque. Il est en vérité un agent du Thalmor qui enquête, dans la plus grande immunité, les adeptes du culte de Talos.
- Je vois. Assassiner un prêtre dans une chapelle est difficile, et je pense que vos lames ne pourront vous sortir de la chapelle une fois que le tumulte aura lieu.
- Votre sens de l'observation fait à nouveau merveille, monsieur. Aussi j'ai besoin d'un poison qui ne le tuera pas, mais qui le forcera à sortir de la chapelle.

L'Alchimiste adopta une moue pensive. Il invita l'Assassin à le suivre dans son laboratoire. Il lui montra une racine qui avait des teints violets.

- C'est de la Nirnroot. Extrêmement rare. Bien coupée, et à juste dose mélangée avec de la chair de Falmer, vous aurez le vomitif le plus puissant qui existe sur le Nirn.
- Ce sera parfait.

La préparation minutieuse de l'Empoisonneur dura quelques dizaines de minutes. Il lui tendit finalement le flacon vert, qui contenait un liquide qui se confondait avec l'eau. Venny recula d'un pas :

- Mon apparence ne me permet pas de passer à travers les maillons de la chaîne Impériale.
- Votre masque est-il donc impossible à inhiber le temps de quelques minutes ?
- Pour ma sécurité, l'Anonymat est ma force. Pour rien au monde je ne dévoilerais mon visage, à vous encore moins.

Comme tout homme intelligent, l'Empoisonneur comprit que ce n'était pas une remarque acerbe, mais une mesure de précaution. N'importe quel imbécile aurait répliqué vivement, décernant à tort un manque de confiance flagrant de la part de Venny. Mais pas l'Empoisonneur. Ce dernier, comprenant la nouvelle demande de Venny, enfila un manteau, glissant avec l'affection d'une mère à son fils, le flacon dans sa poche. Alors qu'ils sortaient, côte à côte comme deux amis, Venny le questionna :

- Aimez vous la musique ? demanda Venny
- Beaucoup.
- Voyez vous, je donne un concert ce soir, je serais honoré que vous me rejoigniez sur le rempart Sud Est, ce soir, à minuit.
- Ce sera un plaisir.

Sans percevoir la fourberie de l'Assassin, l'Empoisonneur, sous les coup des neufs heures qui venaient de sonner, se dirigea vers la chapelle.

* *
*


La nuit était calme, et chaude. Les lunes, souveraines dans la nuit, régnaient sur Nirn. Venny, éclairé par cette pâle lueur, son masque souriant, fixait le clocher de la chapelle. Sans détourner son regard, il aperçut l'Empoisonneur qui se promenait sur les remparts, venant à sa rencontre. Son regard était porté sur les bas fonds de Solitude, sur le port qui se profilait en bas. Se plaçant aux côtés de son nouvel allié et ami, l'Empoisonneur fixa à son tour les Lunes.

- Ce ne fut pas difficile. Je parais bien mendiant que je ne le suis.

Venny se mit à rire, amusé par l'élégante rhétorique de ce vieillard. Il était tout ce que serait Venny dans une cinquantaine d'année, ayant atteint les trois quarts de siècle. Cultivé, rusé et persévérant, l'Empoisonneur était l'Assassin, avec quelques décennies de plus. Les deux hommes contemplaient maintenant le clocher de la chapelle, dont les horloges affichaient maintenant minuit. Le 5 Vifazur sonna dans Solitude, sans que personne n'y prête une attention quelconque. La crémation du Roi Olaf avait lieu, comme chaque jour de chaque année de cette date.

- Bien, il doit être en haut à présent.
- Vous dites ?
- Les quartiers du faux dévot sont au sommet de la chapelle. Subissant les effets de votre art, il doit à présent recracher son repas.
- Et maintenant ?
- Regardez l'art.

Écartant ses bras, l'Assassin tenait une baguette.

- Vous m'avez dis que vous aimiez la musique ? demanda l'Assassin
- En effet...
- Hum. J'espère que vous apprécierez ce morceau, mon cher ami.




Les rires et la joie des citoyens fêtant leur crémation furent remplacés par une musique et une stupéfaction. De tout coin de la ville s'élevait une complainte majestueuse. Partout dans la cité, on sortait, on s'étonnait, on s'offusquait, on riait. Les citoyens sortaient de chez eux, réveillés par la musique. Ils écoutaient, envoûtés par cette complainte, les violons s'épouser dans un résultat magnifique. Les gardes se regardaient, ne sachant que faire, certains rejoignant les citoyens dans leur écoute de la musique, d'autres les sommant de rentrer chez eux. Cette mélodie jaillissait de partout, de chaque recoin, entendue par la cité toute entière, impérieuse, maître des citoyens.

- Comment faites vous cela ? demanda l'Empoisonneur
- Le talent, mon ami ! Le talent ! Souviens toi, souviens toi du 5 Vifazur !

Passant spontanément au tutoiement, Venny effectua de grands geste de chef d'orchestre, mêlant à la perfection le grotesque, l'absurde, le comique et l'élégance.

- Pourquoi faites vous cela ? cria l'Empoisonneur sous le volume de la musique
- Attendez ! Attendez ! On arrive au crescendo !

Et à cet instant précis, quand l'Assassin pointa ses deux bras sur la chapelle, les percussions des musiques entonnèrent un rythme entraînant, alors que le clocher de la chapelle explosait dans une gerbe de flammes. L'Assassin explosa d'un rire, mêlant la démence à l'amusement. Puis sous le regard de tout Solitude, des feux d'artifices jaillirent, mêlant le dramatique à l'amusement, toujours sous des gestes effrénés de Venny. L'Empoisonneur, stupéfait et admiratif, se joignit à Venny dans son fou rire.


Et alors que je regardais Venny, assis dans un fauteuil dans mon salon, il me questionna :

- Aimez vous la musique ?
- Oui beaucoup.

Et en riant, il se leva, me tendit la main en disant :

- Je donne un concert ce soir...
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Messagepar Ombre » 17 Fév 2012, 14:03

Finesse, classe, élégance, tout ce que tu veux. ^^
Tu décris vachement bien mon perso !
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Messagepar Arsenicia » 18 Fév 2012, 01:15

Excellent :super:
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Messagepar Argetlam » 25 Fév 2012, 23:11

Même musique. Même lieu et probablement même sentiment de poigne aux intestins que l’Empoisonneur quand la première explosion eut lieu. Ce dernier se trouvait à la gauche de Venny, mais cette fois ci, il rit à gorge déployée avec l’Assassin qui mimait des gestes tel un chef d’orchestre. La seconde explosion provoqua l’envol des débris du donjon de Mornefort, dortoir de quelques agents du Thalmor. Quatre ans auparavant, jour pour jour, c’était la chapelle qui avait volé en éclat. Ce souvenir n’était plus que de la brume dans la mémoire des habitants de Solitude, mais Venny se réjouissait déjà des racontars des citoyens le lendemain. Certains se rappelleraient de l’attentat de la chapelle, prédisant sans la moindre connaissance un nouvel attentat dans quatre ans. D’autres chuchoteraient l’inexpérience des gardes, qui recherchaient à présent sous la lueur des feux d’artifices engendrés par l’explosion, l’auteur de l’explosion qui, sans aucun doute, était également le géniteur de ce message vociféré dans toute la cité, une heure auparavant.

Mon regard se porta sur l’Empoisonneur. Il était plus vieux que dans les récits de Venny, certaines rides, s’alliant avec les ravages du temps, scindaient son visage autrefois plutôt séduisant. Sa simple robe d’alchimiste expert, recouverte par un ample manteau ocre, caressait la pierre du sol des murailles sous le vent qui soufflait en cette nuit. J’avais moi-même un peu froid cette nuit là, n’ayant pas pris de manteau ni de veste dans l’excitation qu’avait provoqué Venny en me glissant malicieusement sur un ton de confidence « Voyez vous, je donne un concert ce soir… ». Bien que la soirée ait été chaude, doucement réchauffée par les vapeurs dégagées par les sangliers cuits à la broche, la nuit était fraîche. Toute la masse citoyenne se déplaçait vers la cour du château, voulant contempler les débris de Mornefort. Le rez de chaussée avait été épargné par l’explosion. Le lendemain, les débris nettoyés et les cadavres reconstitués afin de déterminer leur identité, les opérations reprendraient dans le hall du quartier général de l’Empire. Venny masqua sa légère frustration, se tournant vers moi :

- Les percussions vous ont-elles plu ?
- Oui. J’espère avoir l’occasion de revoir vos concerts.

Venny se contenta d’un « Hum » satisfait. Il plaça sa main sur mon épaule, me forçant à rentrer dans le cercle qu’il avait formé avec son ami.

- Eh bien cher ami, je compte en donner un dans quelques mois. Serez vous des nôtres ?
- Absolument.

Le sourire de l’Empoisonneur me fit plus peur que de bien. Il me serra la main, se présentant bien que cela était inutile, le vieil homme sachant pertinemment que si Venny était ami avec un journaliste, ce n’était pas par hasard. Bien que « ami » soit superlatif. L’Assassin me tuerait sûrement une fois mon utilité vaine et ma tâche achevée.

- Ne pensez pas en ces vilaines choses, cher ami.

Venny n’était pas télépathe. J’avais simplement pâli, ma peau avait adopté le teint d’un macchabé, et Venny s’était simplement douté de mes pensées paranoïaques. Sa main se fit réconfortante, et il me tapota l’épaule. Son masque me parut pour la première fois comme sincère, son sourire habituellement ironique, narquois et provocateur, arrogant et narcissique, était à présent celui d’un ami fidèle et solide. Nous marchâmes sur les murailles, discutant des futurs plans de Venny, ce dernier assurant que son objectif se concrétisait avec l’avancée des Sombrages vers Markarth. Ils s’invitèrent chez moi, Venny, dans son habituelle politesse, demanda un verre de cognac. J’en proposais un à l’alchimiste, qui accepta volontiers. La discussion fut longue, puis Venny se leva, coupant court à la discussion. Après m’avoir remercié, il congédia l’Empoisonneur et quitta mon bureau, avant même que j’ai pu me lever.

* *
*



Venny descendit le flan de la montagne, prenant soin d’éviter les patrouilles de gardes qui zonaient dans le sentier, certains mimant de patrouiller, d’autres recherchant excessivement quelqu’un en espérant plus une promotion qu’autre chose. Venny se faufila derrière le dernier garde d’une patrouille, et se fondit dans la faune blanche, immaculée par la neige. Il courut sans se fatiguer durant un quart d’heure, et parvint en vue de son objectif. Comme l’avait avoué son informateur, l’ambassade Thalmor accueillait ce soir quelques nobles et autres lèches bottes du Thalmor. Venny ne pouvait assassiner tous les membres présents, car la sécurité qui serait issue de tous ces meurtres pour ses prochaines cibles serait telle qu’il lui serait impossible d’approcher sa prochaine cible. Il se fixa donc le bras droit du chef Thalmor présent. C’était un Altmer d’un âge avancé. Il avait commis maintes atrocités pour le compte du Thalmor durant la Grande Guerre, et seul la mort pouvait expier son âme. Les invités regardaient par la fenêtre, certains étant sortis dehors pour contempler l’explosion, et à présent la colonne de fumée qui s’élevait de Mornefort. La chef Thalmor, Adrielle, rassurait ses invités et leur ordonnait sur un ton affectueux de rentrer dans la demeure. Les gardes continuaient leurs rondes, inconscients de la menace. Mais alors que Venny allait s’élancer, des ombres se mouvèrent dans les arbres…
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